Déclaration SNUEP-FSU au CAEN du 19 juin 2019

La transformation de la voie professionnelle, vantée par le ministre et dans le document présenté en CAEN, dénigre le travail accompli par les professeurs de lycée professionnels. Elle impose la généralisation arbitraire de pédagogies largement pratiquée dans l’enseignement professionnel et les vide de leur pertinence. Cet objectif idéologique est mis en évidence à travers les dispositifs qui accompagnent les grilles horaires, d’une part, mais aussi à travers les nouveaux programmes assignés aux enseignements généraux. La co-intervention et le chef d’œuvre seront source d’une forte désorganisation des services des enseignant-es et d’un accroissement intenable de leur charge de travail, contribueront à cantonner les enseignements généraux à leur utilité immédiate dans les pratiques professionnelles, en s’inspirant du modèle suranné du compagnonnage.

L’allègement des horaires élèves a pour objectif la suppression de postes d’enseignants, plus de 500 au niveau national et 19 dans notre académie pour 2019, la volonté de ce gouvernement est bien de faire des économies. Si cela ne suffisait pas le rectorat décide d’appliquer la loi sur « la liberté  » de choisir son avenir professionnel et d’imposer le mixage des publics apprentis-élèves dans la majorité des lycées professionnels. Avant même la présentation du projet aux équipes pédagogiques, les ouvertures sont annoncées comme ayant été demandées par les établissements. Mais qui sont les établissements ?

Qui va affronter les difficultés pédagogiques et de gestion des élèves dans les classes ?  Ce sont bien les enseignants, premiers acteurs de l’éducation.

Avec cette loi sur la liberté de choisir son orientation professionnelle, associée au projet de loi sur la transformation de la fonction publique ; l’institution pourra détacher un enseignant auprès d’un organisme privé de formation, pour répondre aux besoins d’une entreprise. Belle précarité et prise en compte de l’humain dans ce dispositif. On comprend mieux les suppressions de postes dans la fonction publique, pour asservir les agents aux organismes privés.

Monsieur le directeur du CFA académique a beau jeu d’affirmer que  ce mixage « bouscule de façon bénéfique » les habitudes ! Comme si, avec les multiples réformes et expérimentations, les professeurs de lycée professionnels avaient pu prendre des habitudes. Il n’est pas question de confort pour les enseignants mais bien de dégradation des conditions d’enseignement des élèves :

  • Organisation des PFMP qui devront s’adapter aux exigences du rythme  des apprentis
  • Pédagogie qui ne pourra plus faire appel à des projets pour la classe
  • Problème de gestion entre les statuts « élèves/apprentis »

En vérité, le regroupement dans une même formation des élèves sous statut scolaire et des apprenti-es, permettra de faire supporter à l’Éducation nationale le coût d’une partie de la formation en utilisant les enseignant-es qu’ils n’ont pas à rémunérer. Ceci est bien un enjeu économique pour les Régions et pour les entreprises et aucunement un enjeu pédagogique, contrairement à ce vous prétendez.

 

Oui, malgré les aides et les campagnes publicitaires, les objectifs quantitatifs du nombre d’apprentis fixés par les gouvernements successifs et les régions ne sont pas atteints. En réalité, nous assistons à la fin d’un cycle (dopage financier). C’est pourquoi les politiques avancent, comme solution, le mixage des parcours et des publics. Ce mixage est annoncé alors que le lycée professionnel est sollicité pour résoudre une grande partie des problèmes que connaît notre système d’éducation et de formation.

En fait, Le gouvernement et les régions veulent développer l’apprentissage dans les lycées professionnels pour tenter de camoufler leurs échecs successifs !

Tout cela se passe sans aucune évaluation des conséquences, néfastes sur la qualité de formation et les conditions d’études des élèves, ainsi que des conditions de travail des enseignants-es.