Stages en entreprise : l’urgence d’une rupture politique

n un an, six mineurs sont décédés lors de stages ou d’immersions en entreprises. Ce ne sont pas des faits divers
mais la conséquence de choix politiques augmentant le temps de présence des jeunes mineurs en entreprise,
surtout celles et ceux de milieux populaires, et réduisant leur protection.
Alors qu’après-guerre la scolarisation de la formation professionnelle initiale a permis de réduire drastiquement le
travail des enfants en France et les accidents liés à ce dernier, depuis une quarantaine d’années, l’Éducation
nationale réaccentue la place de l’entreprise dans le cursus scolaire des élèves : création des stages en lycée
professionnel, avec une augmentation régulière de leur durée, puis instauration de séquences d’observation ainsi
que de stages d’initiation et d’application pour les collégiens et les collégiennes. Avec la fin du redoublement, les
élèves sont de plus en plus jeunes en entreprise, parfois dès 14 ans.
L’intérêt et la pertinence de ce développement des temps en entreprise ne sont jamais remis en cause par les
gouvernements successifs. Pourtant, leur développement est synonyme de réduction du temps passé à l’école et
d’aggravation des inégalités sociales. Ces stages et périodes de formation en milieu professionnel sont également
très inégaux en termes de qualité, et pour y accéder, les élèves subissent les mêmes discriminations que pour l’accès
à l’emploi. En conséquence, contrairement aux propos des ministres, ces stages renforcent l’injustice sociale et les
inégalités territoriales.
L’accélération du rapprochement avec les entreprises ces dix dernières années s’est traduite par un assouplissement
des contrôles et de la protection des jeunes mineurs en entreprise. Le pouvoir d’inspection de l’apprentissage et
des entreprises a été retiré aux personnels d’inspection de l’Éducation nationale, l’inspection du travail manque de
moyens, la réalisation de travaux dangereux par les mineurs n’est plus soumise à autorisation préalable de
l’inspection du travail. En réalisant ces assouplissements, le pouvoir politique a délibérément choisi de moins
protéger les enfants des classes populaires.
Le 14 avril dernier, le ministre de l’Éducation nationale a signé une nouvelle convention triennale avec le MEDEF.
Nonobstant les erreurs qu’elle comporte, notamment sur le parcours différencié de terminale bac pro désormais
très écorné et remplacé par un parcours personnalisé, cette convention fait l’impasse sur les enjeux de sécurité des
élèves et de lutte contre les violences physiques, psychiques, sexistes et sexuelles. Le SNUEP-FSU dénonce cette
convention à sens unique, au seul service des entreprises, loin des intérêts des élèves puisque l’entreprise n’est pas
un lieu de formation mais de production.
Pour le SNUEP-FSU, la sécurité des jeunes passe impérativement par le cadre protecteur de l’école : c’est au lycée
professionnel que l’on forme et que l’on prépare le mieux les futur·es travailleurs et travailleuses. Les stages en
entreprise doivent juste être des périodes d’expérimentation des savoirs acquis au lycée professionnel.
Au-delà des savoirs techniques, les professeur·es des lycées professionnels doivent disposer du temps et des
contenus nécessaires pour sensibiliser et surtout faire comprendre les risques (postures, engins, travaux dangereux,
produits CMR) ainsi que les droits fondamentaux des salarié·es et des stagiaires.
Contrairement à une vision court-termiste, le lycée professionnel assure une formation globale à un métier et non
à un simple poste de travail, avec l’ambition d’émanciper les élèves plutôt que de les exposer prématurément aux
dangers de la production.