Arrêté du 28 novembre 2025 – mise en œuvre 2025-2026
1. Ce que met en place le ministère
Le dispositif AvenirPro, tel que précisé par la note de service du 15 décembre 2025, vise à renforcer l’insertion professionnelle des élèves de lycée professionnel à travers deux phases :
- AvenirPro (phase 1) : intégrée à l’année de terminale (CAP, bac pro, BMA…), elle repose sur des ateliers collectifs, des entretiens individualisés et des événements en lien avec l’emploi, animés principalement par France Travail et les missions locales, en lien avec les équipes pédagogiques.
- AvenirPro+ (phase 2) : accompagnement post-examen, sur la base du volontariat, pour les jeunes sans solution de formation ni d’emploi, pour une durée maximale de quatre mois. Ce dispositif remplace Ambition Emploi.
Le chef d’établissement devient un acteur central du pilotage, notamment en phase 2, avec désignation de professeurs référents volontaires, mission intégrée au pacte enseignant.
2. Une logique d’insertion qui interroge la mission de l’École
Le SNUEP-FSU alerte sur une évolution préoccupante de la mission de l’enseignement professionnel. La phase 1 d’AvenirPro installe l’insertion professionnelle comme horizon prioritaire, y compris pour des élèves qui n’ont pas encore arrêté leur projet. La poursuite d’études apparaît comme secondaire, alors qu’elle relève pleinement des missions de l’Éducation nationale. De plus, les contenus proposés (CV, lettre de motivation, entretiens de recrutement, connaissance des attentes des recruteurs) relèvent largement de logiques de placement sur le marché du travail, parfois au détriment de la construction de qualifications et de parcours émancipateurs.
Le risque est une transformation progressive du lycée professionnel en antichambre de France Travail, au détriment de la formation initiale.
3. Une externalisation croissante vers France Travail et les missions locales
Le dispositif repose fortement sur des intervenants extérieurs (animation des ateliers collectifs, accompagnement individualisé, restitution aux enseignants de l’état d’avancement des élèves, co-pilotage des parcours AvenirPro+). Si la coopération inter-institutionnelle peut être utile, elle pose plusieurs problèmes. Une confusion des rôles entre personnels de l’Éducation nationale et opérateurs de l’emploi. Une acculturation à sens unique, où l’école s’adapte aux logiques de l’employabilité plutôt que l’inverse. Une transmission d’informations sensibles sur les élèves (freins à l’emploi, situation personnelle) sans cadre clairement défini pour la protection des données et le secret professionnel.
Le SNUEP-FSU rappelle que l’orientation et l’accompagnement des élèves relèvent d’abord de personnels formés et statutaires de l’Éducation nationale.
4. Des charges nouvelles pour les personnels, sans garanties suffisantes
Le dispositif fait peser de nouvelles obligations sur les équipes avec une intégration des ateliers sur les heures de soutien au parcours / accompagnement personnalisé, une présence obligatoire des enseignants lors des interventions extérieures, une coordination accrue avec le bureau des entreprises et en phase 2, la désignation de professeurs référents de parcours, mission intégrée au pacte.
Le SNUEP-FSU alerte sur la non-création de postes et l’alourdissement du service des PLP. Le possible recours au volontariat contraint, dans des établissements déjà en tension, l’extension des missions hors temps scolaire (réunions post-résultats, rentrée, suivi jusqu’en février) et le flou sur la reconnaissance réelle du travail effectué et sur les moyens horaires alloués.
Le SNUEP-FSU refuse que l’accompagnement social et professionnel des jeunes repose sur le sur engagement des personnels. Il rappelle son mandat de développement des équipes pluri professionnelles pour une prise en charge globale des jeunes.
5. AvenirPro+ : sécurisation ou gestion des « sans solution » ?
La phase 2 maintient le statut scolaire des jeunes, ce qui constitue un point positif. Cependant, elle concerne prioritairement les élèves échouant à l’examen ou sans insertion immédiate, renforçant une logique de gestion des flux plutôt que de droit à la formation. Les contenus proposés sont extrêmement larges, parfois éloignés d’un cadre scolaire (immersions, service civique alterné, dispositifs d’insertion). Le basculement final vers les dispositifs type CEJ, PACEA, PAO acte une sortie progressive de l’Éducation nationale. Le SNUEP-FSU s’inquiète d’une externalisation déguisée du décrochage scolaire, sous couvert d’accompagnement personnalisé.
Le SNUEP-FSU exige :
- Le respect de la mission première du lycée professionnel : former, qualifier, émanciper – pas seulement placer.
- Une priorité pour la qualification de tous les jeunes et la mise en œuvre du droit au redoublement pour les élèves ayant échoués à l’examen.
- Des moyens humains dédiés (postes, heures) pour toute mission d’accompagnement renforcé.
- Aucune obligation pour les enseignants d’entrer dans le pacte pour assurer ces missions.
- Une clarification des rôles et des responsabilités, notamment sur le suivi des élèves et la gestion des données.
- Une réelle égalité entre insertion et poursuite d’études, dans les discours comme dans les pratiques.
- Un véritable bilan national du dispositif Ambition Emploi qui n’a aucunement prouvé sa pertinence en termes d’insertion professionnelle.
Points de vigilance pour les équipes
- Refuser toute mise en œuvre hors cadre réglementaire ou sans moyens.
- Exiger la présentation du dispositif en CA en vérifiant que les temps d’intervention ne viennent pas amputer les temps d’enseignement.
- Être attentifs aux pressions sur le volontariat.
- Faire remonter toute dérive ou surcharge de travail aux instances syndicales.
